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De Strava à stratégie : leçons d'un premier marathon
Mal au pied, nuit blanche, cardio à l’envers : le jour J de mon premier marathon ne ressemblait en rien au plan. Ce que ça m’a appris sur la stratégie.

Si on se connaît dans la vraie vie, il y a de fortes chances que je vous aie cassé les oreilles avec mon marathon dans les dernières semaines. D'abord parce que je suis extrêmement fier d'avoir réalisé cet exploit (surtout pour quelqu'un qui, plus jeune, était bien plus lecteur que sportif). Mais aussi parce qu'il m'a fallu des mois de travail, de sacrifices et, bien honnêtement, de souffrance pour y arriver. Pendant la course, j'ai eu beaucoup de temps pour penser. Et alors que j'étais bien creux dans mes réflexions (et dans la pain cave), j'ai commencé à faire des parallèles entre la course que j'étais en train de faire et ma carrière.
Je viens de franchir le drapeau du 32e kilomètre et c'est officiel : je n'ai jamais couru aussi loin de ma vie. Tout ce qui s'en vient comme sensations, c'est de l'inconnu. Pourtant, je sais que je peux continuer. Confiance aveugle en mes jambes? Peut-être. Ou est-ce que ça vient plutôt de mois consacrés à un plan et à la préparation?
Retour en arrière : bâtir la confiance pour avancer
Le jour de la course, ça fait plus de 16 semaines que je suis un plan d'entraînement pas mal rigide : six sorties par semaine, des semaines structurées avec différents types d'entraînements, jusqu'à ma plus longue sortie de 32 kilomètres. Ce que ces semaines m'ont donné? Des repères. À quelle allure je peux aller tout en me sentant bien? Comment réagit mon cardio quand j'accélère, et à quelle vitesse je récupère? Une habitude, une constance et une confiance en ce que mon corps est capable de faire.
Vers la fin du programme, je courais presque en cruise control. Je suivais le plan établi et ça se passait plutôt bien. Comme une bonne stratégie, mon plan me donnait les conditions pour être confiant, sans être un script à suivre à la lettre. Ce qui est une bonne nouvelle, parce que…
Jour J… comme « j'y arriverai jamais »
Mauvaise nouvelle : deux jours avant la course, j'ai commencé à avoir mal au pied gauche, j'ai passé une très mauvaise nuit la veille et le stress du départ a complètement fait dérailler mon cardio. J'étais à des lieues de mes dernières séances d'entraînement.
Alors, le plan avait-il tout faux? Non. Mais on bâtit souvent nos plans en ayant en tête des conditions idéales. Et le jour J, elles le sont rarement.
Ce plan m'a quand même donné un point de départ : je suis parti avec mon pace habituel, en écoutant mon corps et en ajustant le rythme plus souvent que dans mes dernières sorties. Si j'étais rendu en cruise control à l'entraînement, le jour de la course, j'ai repris le volant… et le contrôle.
Il y a d'abord les éléments qu'on peut contrôler : cadence, allure, ravitaillement, hydratation. Ce sont les variables auxquelles je me suis habitué et que j'ai testées tout au long du programme pour en arriver à ma stratégie du jour J. Mais il ne faut pas sous-estimer l'instinct : réagir aux signaux et à ce qui se passe vraiment. Dans ce cas-ci, l'effort ressenti, et savoir quel indicateur (et quelle douleur) ignorer ce jour-là.
Il y avait deux pièges opposés dans lesquels j'aurais pu tomber : suivre aveuglément les chiffres sur ma montre et me coller au plan, ou jeter ce dernier et courir uniquement au feeling. La vérité, c'est qu'il fallait conjuguer l'instinct au plan, et m'ajuster en fonction de ce que j'avais testé et de ce que je vivais en temps réel. Et cet instinct, je l'avais parce que j'avais passé des semaines à le développer et à l'affiner.
Ce que j'en retire concrètement
Je vous le disais : avant le marathon, je n'avais jamais couru plus de 32 kilomètres. Une fois ce drapeau passé, j'entrais en terrain inconnu et je devais piloter au meilleur de ma connaissance. Se dire qu'on en est capable et le faire pour vrai, ce sont deux choses bien différentes. Je retire de cette expérience quelques leçons qui s'appliquent aussi au travail.
- Les conditions changent toujours. Les budgets se font couper, les priorités changent, les approbations se font attendre. Le plan tiendra si les principes sont clairs.
- Les repères comme point de départ. On part de benchmarks connus, sans les appliquer aveuglément.
- Savoir quel indicateur regarder. Quand on lance une campagne ou une initiative, les KPI peuvent nous mentir. Il faut savoir distinguer le bruit du vrai signal avant de tout changer.
- Cruise control ou pilotage. En temps normal, les processus roulent. Quand ça compte, il faut pouvoir prendre les commandes et ajuster en temps réel.
- Un lancement peut avoir son 32e kilomètre. Un moment où on dépasse tout ce qu'on a fait avant. Des assises stratégiques solides nous donnent la confiance de nous y engager.
Franchir la ligne d'arrivée avec fierté
Je n'avais jamais couru aussi loin, mais j'étais prêt. Et je l'ai fait. C'est mon plan qui m'a permis d'arriver préparé et en confiance. Mais c'est mon instinct qui m'a fait franchir la ligne d'arrivée. Au fond, c'est peut-être ça, une bonne stratégie : une préparation assez solide pour qu'on puisse, le moment venu, s'en détacher.

